Le Centre Spirite Lyonnais Allan Kardec


V. - RELATIONS AVEC LES ESPRITS DES MORTS.

 

Les premiers chr�tiens communiquaient avec les esprits des morts et recevaient d'eux des enseignements. Aucun doute n'est possible sur ce point, car les t�moignages abondent. Ces t�moignages d�coulent des textes m�mes des livres canoniques, textes qui ont �chapp� aux vicissitudes des temps, et dont l'authenticit� n'est pas douteuse[1] .
Le christianisme tout entier s'appuie sur des faits d'apparition et de manifestation des morts. Il fournit d'innombrables preuves de l'existence du monde invisible et des �mes qui le peuplent.
Ces preuves sont �galement abondantes dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans l'un comme dans l'autre, on trouvera des apparitions d'anges[2] , celles des esprits des justes, des avertissements et des r�v�lations donn�s par les �mes des morts, le don de proph�tie[3] et le don de gu�rir [4] . On trouvera dans le Nouveau Testament les apparitions de J�sus lui-m�me, apr�s son supplice et son ensevelissement.
L'existence du Christ n'avait �t� qu'une communion constante avec le monde invisible. Le fils de Marie �tait dou� de facult�s qui lui permettaient de s'entretenir avec les Esprits. Parfois ceux-ci se rendaient visibles � ses c�t�s. Ses disciples effray�s le virent converser un jour sur le Thabor avec Mo�se et Elie[5].
Dans les moments difficiles, lorsqu'une question l'embarrasse, comme dans le cas de la femme adult�re, il �voque les �mes sup�rieures, et son doigt trace sur le sable la r�ponse � faire, comme le m�dium de nos jours, m� par une force �trang�re, trace des caract�res sur l'ardoise.
Ces faits sont connus, relat�s, mais beaucoup d'autres, se rattachant � ce commerce continuel de J�sus avec l'invisible, sont rest�s ignor�s des hommes, m�me de ceux qui l'entouraient.
Les rapports du Christ avec le monde des Esprits s'affirment par le soutien constant que cet envoy� divin a re�u de l'Au-del�.
Parfois, malgr� son courage, malgr� l'abn�gation qui inspire ses actes, troubl� par la grandeur de sa t�che, il �l�ve son �me vers Dieu, il prie, il r�clame des forces nouvelles, et il est exauc�. Un souffle puissant passe sur son front. Sous une impulsion irr�sistible, il reproduit les pens�es sugg�r�es ; il se sent secouru, r�confort�.
Aux heures de solitude, ses yeux distinguent des lettres de feu qui retracent les volont�s d'en haut[6] ; des voix bruissent � ses oreilles, apportant la r�ponse � ses ardentes pri�res. C'est la transmission directe des enseignements qu'il doit r�pandre, des pr�ceptes r�g�n�rateurs pour la propagation desquels il est venu sur la terre. Les vibrations de la pens�e supr�me qui anime l'univers sont sensibles pour lui ; elles lui inculquent ces principes �ternels qu'il r�pandra et qui ne s'effaceront jamais de la m�moire des hommes. Il per�oit de c�lestes accents, et ses l�vres r�p�tent les paroles entendues, r�v�lation sublime, myst�re encore pour beaucoup d'�tres humains, mais, pour lui, confirmation absolue de cette protection constante et des intuitions qui lui parviennent des mondes sup�rieurs.
Et, lorsque cette grande vie fut accomplie, lorsque le sacrifice fut consomm�, que J�sus fut mis en croix, puis descendu dans une tombe, son esprit s'affirme par de nouvelles manifestations. Cette �me puissante, qu'aucune tombe ne pouvait retenir, appara�t � ceux qu'elle avait laiss�s sur la terre tristes, abattus, d�courag�s. Elle leur dit que la mort n'est rien. Par sa pr�sence, elle leur rend l'�nergie, la force morale n�cessaires pour accomplir la mission qui leur est confi�e.
Les apparitions du Christ sont connues et ont eu de nombreux t�moins. Elles pr�sentent des analogies frappantes avec celles que l'on constate de nos jours, � tous les degr�s, depuis la forme �th�r�e, sans consistance, apparue � Marie-Madeleine, et qui n'aurait support� aucun contact, jusqu'� la mat�rialisation compl�te, telle que la vit Thomas, dont la main put toucher les plaies du Christ[7] . De l� ces contrastes dans les paroles de J�sus : � Ne me touche pas �, dit-il � Marie-Madeleine, alors qu'il engage Thomas � poser son doigt sur la marque des clous : � Approche aussi ta main, ajoute-t-il, et mets-la sur mon c�t�. �
J�sus appara�t et dispara�t instantan�ment. Il p�n�tre dans une maison, les portes ferm�es. A Emma�s, il s'entretient avec deux de ses disciples qui ne le reconnaissent pas, puis s'�vanouit tout � coup. Il est en possession de ce corps fluidique, �th�r�, qui se retrouve en chacun de nous, de ce corps subtil, enveloppe ins�parable de chaque �me, qu'un esprit �lev� comme le sien sait diriger, modifier, condenser, dissocier � volont� [8] . Et il le condense � tel point, qu'il se rend visible et tangible pour les assistants.
Les apparitions de J�sus apr�s sa mort sont la base m�me, le point vital de la doctrine chr�tienne, et c'est pourquoi saint Paul a dit : � Si le Christ n'est pas ressuscit�, votre foi est vaine. � Dans le christianisme, l'immortalit� n'est pas une esp�rance, c'est un fait naturel, un fait appuy� sur le t�moignage des sens. Les ap�tres ne croyaient pas seulement � la r�surrection, ils en �taient s�rs.
Aussi leur pr�dication prenait-elle ce ton chaleureux et p�n�trant qu'inspire une conviction ardente. Par le supplice de J�sus, le christianisme �tait frapp� au coeur. Les disciples, constern�s, �taient pr�ts � se disperser. Mais le Christ leur apparut, et leur foi en lui devint si profonde que, pour la confesser, ils brav�rent tous les tourments. Les apparitions du Christ apr�s sa mort assur�rent la persistance de l'id�e chr�tienne, en lui donnant pour base tout un ensemble de faits.
Il est vrai que les hommes ont jet� la confusion sur ces ph�nom�nes, en leur attribuant un caract�re miraculeux. Le miracle est une d�rogation aux lois �ternelles, voulues et fix�es par Dieu ; or il serait peu digne de la Puissance supr�me de sortir de sa propre nature et de varier dans ses d�crets.
Selon l'Eglise, J�sus serait ressuscit� avec son corps charnel. Cela est contraire au texte primitif de l'Evangile. Des apparitions soudaines, avec changements de forme, se produisant dans des endroits clos, ne peuvent �tre que des manifestations spirites, fluidiques et naturelles. J�sus est ressuscit� comme nous ressusciterons tous, lorsque notre esprit abandonnera sa prison de chair.
Dans Marc et Matthieu, et dans le r�cit de Paul (I� Cor., XV), ces apparitions sont d�crites de la mani�re la plus concise. D'apr�s Paul, le corps du Christ est incorruptible ; il n'a ni chair ni sang. Cette opinion d�coule de la tradition la plus ancienne. La mat�rialit� n'est venue que plus tard, avec Luc. Le r�cit se complique alors et s'agr�mente de d�tails merveilleux, dans le but �vident d'impressionner le lecteur[9] .
Cette mani�re de voir, comme en g�n�ral toute la th�orie du miracle, r�sulte d'une fausse interpr�tation des lois de l'univers. Il en est de m�me de l'id�e du surnaturel, qui correspond � une conception insuffisante de l'ordre du monde et des r�gles de la vie. En r�alit�, il n'y a rien en dehors de la nature, laquelle est l'oeuvre divine dans son majestueux �panouissement. L'erreur de l'homme provient de l'id�e �troite qu'il se fait de la vie et de ses formes, limit�es pour lui au cercle trac� par ses sens. Or, nos sens n'embrassent qu'une portion fort restreinte de l'empire des choses. Au-del� des bornes qu'ils nous imposent, la vie se d�ploie sous des aspects riches et vari�s, sous des formes subtiles, quintessenci�es, qui se graduent, se multiplient et se renouvellent � l'infini.
A ce domaine de l'invisible appartient le monde fluidique ; il est peupl� des esprits des hommes qui ont habit� la terre et ont d�pouill� leur enveloppe grossi�re. Ils subsistent sous cette forme subtile dont nous venons de parler, forme encore mat�rielle, quoique �th�r�e, car la mati�re a bien des �tats qui ne nous sont pas familiers. Cette forme est l'image ou plut�t le canevas des corps charnels que ces esprits ont anim�s dans leurs vies successives. Ils passent, mais elle demeure, comme l'�me dont elle est l'organisme indestructible.
Les esprits occupent des situations vari�es, en rapport avec leur �l�vation morale. Leur rayonnement, leur �clat, leur puissance, sont d'autant plus grands qu'ils sont arriv�s plus haut dans l'�chelle des vertus, des perfections, et qu'ils ont servi avec plus de d�vouement la cause du bien et de l'humanit�. Ce sont ces �tres ou esprits qui se manifestent � toutes les �poques de l'histoire et dans tous les milieux, par l'interm�diaire de sujets sp�cialement dou�s, que, suivant les temps, on nomme devins, sibylles, proph�tes ou m�diums.
Les apparitions qui marquent les premiers temps du christianisme, comme les �poques bibliques plus lointaines, ne sont pas des ph�nom�nes isol�s, mais la manifestation d'une loi universelle, �ternelle, qui a toujours r�gl� les rapports entre les habitants des deux mondes, le monde de la mati�re grossi�re, auquel nous appartenons, et le monde fluidique, invisible, peupl� par les esprits de ceux que nous appelons si improprement les morts[10] .
C'est seulement � une �poque r�cente que cet ordre de manifestations a pu �tre �tudi� par la science. Gr�ce aux observations de nombreux savants, l'existence du monde des Esprits a �t� �tablie d'une mani�re positive, et les lois qui le r�gissent ont �t� d�termin�es avec une certaine pr�cision.
On a pu constater la pr�sence, en chaque �tre humain, d'un double fluidique, survivant � la mort, et, dans ce double, on a reconnu l'enveloppe imp�rissable de l'esprit. Ce double, qui se d�gage d�j� dans le sommeil et l'extase, qui se transporte et agit � distance pendant la vie, devient, apr�s la s�paration d�finitive du corps charnel, et d'une mani�re plus compl�te, le serviteur fid�le et le centre des forces actives de l'esprit.
C'est au moyen de cette enveloppe fluidique que l'esprit pr�side � ces manifestations d'outre-tombe, qui ne sont plus un secret pour personne, depuis que des commissions scientifiques en ont �tudi� les multiples aspects, jusqu'� peser et photographier les esprits, comme l'ont fait W. Crookes pour celui de Katie King, Russell Wallace et Aksakof pour ceux d'Abdullah et de John King [11] .
C'est ainsi que des ph�nom�nes, �tranges sans doute, peu �tudi�s jusqu'ici, mais parfaitement naturels, puisqu'ils sont produits par des esprits, c'est-�-dire par des �tres semblables � nous dans leur principe essentiel de vie, sont entr�s peu � peu dans le domaine de l'observation et sont pass�s dans l'ordre des faits �tablis.
Il est probable que le don des langues, communiqu� aux ap�tres, pr�sentait des analogies avec le ph�nom�ne que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de x�noglossie. La lumi�re odique de Reichenbach et la mati�re radiante expliquent l'aur�ole des saints ; les flammes ou � langues de feu �, apparues le jour de la Pentec�te, se retrouvent � notre �poque dans les faits signal�s au Congr�s spiritualiste de 1900, par le docteur Bayol , s�nateur des Bouches-du-Rh�ne[12] . Enfin, les visions des martyrs sont des ph�nom�nes du m�me ordre que ceux constat�s de nos jours au moment du d�c�s de certaines personnes[13] . De m�me, la disparition du corps du Christ dans le s�pulcre peut s'expliquer par la d�sagr�gation de la mati�re, observ�e il y a quelques ann�es, au cours de s�ances d'exp�rimentation psychique[14].
Trop longtemps, les hommes n'ont vu l� que des faits miraculeux, provoqu�s par Dieu m�me ou par ses anges, opinion entretenue soigneusement par les pr�tres, afin de frapper l'imagination des masses et de les rendre plus dociles � leur pouvoir.
Nous trouvons dans les Ecritures des exemples fr�quents des m�prises dont ces ph�nom�nes furent l'objet. A Pathmos, Jean voit appara�tre un g�nie qu'il veut d'abord adorer, mais qui lui affirme �tre l'esprit d'un de ses fr�res, les proph�tes[15] . Dans ce cas, l'erreur a �t� dissip�e : l'esprit a fait conna�tre sa personnalit� ; dans combien d'autres la m�prise n'a-t-elle pas persist� ? Il en est de m�me de l'intervention si fr�quente des anges dans la Bible. Il faut se mettre en garde contre les tendances des juifs et des chr�tiens � attribuer � Dieu et � ses anges des ph�nom�nes produits par les esprits des morts, et sur lesquels il appartenait � notre �poque de faire la lumi�re, en les repla�ant dans leur ordre v�ritable.
A l'�poque de J�sus, la croyance � l'immortalit� �tait affaiblie. Les Juifs �taient divis�s au sujet de la vie future. Les sceptiques saduc�ens augmentaient en nombre et en influence. J�sus vient. Il ouvre plus larges les voies qui font communiquer le monde terrestre avec le monde spirituel. Il rapproche les invisibles des humains � tel point qu'ils peuvent correspondre de nouveau. De sa main puissante, il soul�ve le voile de la mort et, au sein de l'ombre, des visions apparaissent ; au milieu du silence, des voix se font entendre ; et ces visions et ces voix viennent affirmer � l'homme l'immortalit� de sa vie.
Le christianisme primitif a donc ce caract�re particulier d'avoir rapproch� les deux humanit�s : terrestre et c�leste ; il a rendu plus intenses les relations entre le monde visible et le monde invisible. En effet, dans chaque groupe chr�tien, comme actuellement dans chaque groupe spirite, on se livrait � des �vocations ; on poss�dait des m�diums parlants, inspir�s, � effets physiques, comme il est dit au chapitre XII de la I� Ep�tre de saint Paul aux Corinthiens. Alors, comme aujourd'hui, certains sujets poss�daient le don de proph�tie, le don de gu�rir, de chasser les mauvais esprits[16] .
Dans l'�p�tre cit�e, saint Paul parle aussi du corps spirituel, incorruptible, impond�rable :
L'homme est mis en terre comme un corps animal et il ressuscitera comme un corps spirituel ; de m�me qu'il y a un corps animal, il y a un corps spirituel. � (I Corinth., XV, 44.)
C'�tait un ph�nom�ne spirite, l'apparition de J�sus sur la route de Damas, qui avait fait de saint Paul un chr�tien[17] . Paul n'avait pas connu le Christ et, au moment de cette vision qui d�cida de sa destin�e, il �tait loin d'�tre pr�par� � sa t�che future : � Ne respirant toujours que menaces et carnage contre les disciples du Seigneur �, et pourvu contre eux de lettres d'emprisonnement, il se rendait � Damas pour les pers�cuter. Ici, l'on n'invoquera pas, comme on pourrait le faire pour les ap�tres, un ph�nom�ne d'hallucination, provoqu� par l'id�e constante de leur Ma�tre. D'ailleurs, cette vision ne fut pas isol�e : dans tout le cours ult�rieur de son existence, Paul resta en rapports constants avec l'invisible et notamment avec le Christ, dont il recevait les instructions indispensables � sa mission. Lui-m�me nous apprend qu'il puise ses inspirations dans ses entretiens secrets avec le fils de Marie.
Saint Paul ne fut pas seulement assist� par des Esprits de lumi�re dont il �tait l'interpr�te, le porte-parole[18] ; des esprits inf�rieurs l'obs�daient parfois, et il devait r�sister � leur influence[19] . C'est ainsi que dans tous les milieux, pour l'�ducation de l'homme et le d�veloppement de sa raison, la lumi�re et l'ombre, la v�rit� et l'erreur se m�lent. Il en est de m�me dans le domaine du spiritualisme moderne, o� tous les ordres de manifestations se rencontrent, depuis les messages du caract�re le plus �lev�, jusqu'aux ph�nom�nes grossiers produits par des Esprits arri�r�s. Mais ceux-l� aussi ont leur utilit� au point de vue des �l�ments d'observation et des cas d'identit� qu'ils fournissent � la science.
Saint Paul connaissait ces choses. Instruit par l'exp�rience, il avertissait les proph�tes[20] , ses fr�res, de se tenir en garde contre ces emb�ches. Et il ajoutait comme cons�quence : � Les esprits des proph�tes sont soumis aux proph�tes � (I Cor., XIV, 32), c'est-�-dire qu'il ne faut pas accepter aveugl�ment les instructions des esprits, mais les soumettre au contr�le de la raison.
Dans le m�me sens, saint Jean disait :
Mes bien-aim�s, ne croyez pas � tout esprit, mais �prouvez si les esprits sont de Dieu. � (I Ep�t., IV, 1.)
Les Actes des Ap�tres fournissent de nombreuses indications sur les rapports des disciples de J�sus avec le monde invisible. On y voit comment, en suivant les enseignements des Esprits[21] , les ap�tres acquirent une plus grande largeur de vues. Ils en vinrent � ne plus faire de distinction entre les viandes, � ouvrir la barri�re qui s�parait les Juifs des Gentils, � remplacer la circoncision par le bapt�me[22] .
Les communications des chr�tiens avec les �mes des d�funts �taient chose si fr�quente dans les premiers si�cles, que des instructions pr�cises circulaient parmi eux sur ce sujet.
Hermas, disciple des ap�tres, le m�me que saint Paul fait saluer de sa part dans son Ep�tre aux Romains (XVI, 14), indique, � son tour, dans son Livre du Pasteur[23] , les moyens de distinguer entre les bons et les mauvais esprits.
Dans les lignes suivantes, �crites il y a dix-huit cents ans, on croirait lire la description fid�le des s�ances d'�vocations telles qu'elles se pratiquent de nos jours dans beaucoup de milieux :
L'esprit qui vient de la part de Dieu est paisible et humble ; il s'�loigne de toute malice et de tout vain d�sir de ce monde, et se met au-dessus de tous les hommes. Il ne r�pond pas � tous ceux qui l'interrogent, ni aux personnes particuli�res, car l'esprit venant de Dieu ne parle pas � l'homme quand l'homme le veut, mais quand Dieu le permet. Donc, lorsqu'un homme qui a un esprit venant de Dieu vient dans l'assembl�e des fid�les et que l'on a fait la pri�re, l'esprit remplit cet homme qui parle dans l'assembl�e comme Dieu veut. � (C'est le m�dium parlant.)
Au contraire, on reconna�t l'esprit terrestre, vain, sans sagesse et sans force, en ce qu'il s'agite, s'�l�ve et prend la premi�re place. Il est importun, bavard et ne proph�tise pas sans r�compense. Un proph�te de Dieu n'agit pas ainsi.
Les esprits manifestaient alors leur pr�sence de mille mani�res, soit en se rendant visibles[24] , ou en d�sagr�geant la mati�re, comme ils le firent pour lib�rer Pierre de ses cha�nes et l'extraire de sa prison[25] , soit encore en provoquant des cas de l�vitation[26] . Ces ph�nom�nes �taient parfois si impressionnants, que des magiciens eux-m�mes en �taient touch�s au point de se convertir[27] .
Anim�s de cet esprit de charit�, d'abn�gation que leur communiquait le Christ, les premiers chr�tiens vivaient dans une �troite solidarit�. � Ils poss�daient tout en commun � et � �taient aim�s de tout le peuple[28] �.
La r�v�lation des esprits se poursuivit longtemps apr�s la p�riode apostolique. Pendant les deuxi�me et troisi�me si�cles, les chr�tiens s'adressaient directement aux �mes des morts pour d�cider des points de doctrine.
Saint Gr�goire le thaumaturge, �v�que de N�o-C�sar�e, d�clare � avoir re�u de Jean l'Evang�liste, dans une vision, le symbole de la foi, pr�ch� par lui � son �glise[29] �.
Orig�ne, ce sage que saint J�r�me consid�rait comme le grand ma�tre de l'Eglise apr�s les ap�tres, parle souvent, dans ses oeuvres, des manifestations des morts.
Dans sa controverse avec Celse, il dit :
Je ne doute pas que Celse ne se moque de moi, mais les railleries ne m'emp�cheront pas de dire que beaucoup de personnes ont embrass� le christianisme comme malgr� elles, leur coeur ayant �t� tellement chang� soudain par quelque esprit, soit par une apparition, soit dans un songe, qu'au lieu de l'aversion qu'elles avaient pour notre foi, elles l'ont aim�e jusqu'� mourir pour elle. Je prends Dieu � t�moin de la v�rit� de ce que je dis : il sait que je ne veux pas rendre recommandable la doctrine de J�sus-Christ par des histoires fabuleuses, mais par la v�rit� de faits incontestables[30] . �
L'empereur Constantin �tait lui-m�me dou� de facult�s m�dianimiques et subissait l'influence des esprits. Les principaux �v�nements de sa vie, sa conversion au christianisme, la fondation de Byzance, etc., sont marqu�s par des interventions occultes. Nous en trouvons la d�monstration dans les faits suivants, dont nous empruntons le r�cit � M. Albert de Broglie, historien froid et s�v�re, peu enclin au mysticisme[31] :
Au moment de porter la main sur Rome, un sentiment int�rieur pressa Constantin de se recommander � quelque puissance surnaturelle, et d'appeler la protection divine � l'aide des forces humaines. Mais l'embarras �tait grand pour un Romain pieux de cet �ge... Il se demanda avec anxi�t� de quel Dieu il allait implorer l'assistance. Il tomba alors dans une m�ditation r�veuse sur les vicissitudes politiques dont il avait �t� lui-m�me t�moin.
Il constate que placer sa confiance dans la multitude des dieux porte malheur, alors que son p�re Constance, secret adorateur du Dieu unique, avait fini ses jours en paix.
Constantin se d�cida � prier le Dieu de son p�re de pr�ter main-forte � son entreprise.
� La r�ponse � cette pri�re fut une vision miraculeuse qu'il racontait lui-m�me, bien des ann�es apr�s, � l'historien Eus�be, en l'attestant par serment et avec les d�tails suivants : un apr�s-midi, pendant une marche qu'il faisait � la t�te de ses troupes, il aper�ut dans le ciel, au-dessus du soleil d�j� inclin� vers l'occident, une croix de lumi�re portant cette inscription : 'E (triomphez par ceci). Toute son arm�e et beaucoup de spectateurs qui l'environnaient, virent comme lui ce prodige avec stup�faction. Il demeura fort en peine de savoir ce que signifiait cette apparition. La nuit le trouva encore dans la m�me perplexit�. Mais, pendant son sommeil, le Christ lui-m�me lui apparut avec la croix qui s'�tait fait voir dans le ciel et lui ordonna de faire fa�onner, sur ce mod�le, un �tendard militaire dont il se servirait comme de protection dans les combats. Au point du jour, Constantin se leva et fit part de la r�v�lation � ses confidents. Sur-le-champ, des orf�vres furent appel�s, et
l'Empereur leur donna ses instructions pour que la croix myst�rieuse f�t reproduite en or et en pierreries.

Plus loin, au sujet de l'adoption de Byzance comme capitale de l'Empire, le m�me auteur relate ceci : Quand les yeux de Constantin s'arr�t�rent sur Byzance, elle ne pr�sentait plus que les d�bris d'une grande cit�. Dans le choix qu'il fit de cette ville, il crut que l'intervention divine ne lui avait pas fait d�faut. Par une confidence miraculeuse, il avait su, disait-on, qu'� Rome l'Empire n'�tait pas en s�ret�. Pour ce choix, on parlait aussi d'un songe, etc. Philostorge rapporte que :
� ... pendant qu'il (Constantin) tra�ait, une pique � la main, la nouvelle enceinte de la ville, ceux qui le suivaient, voyant qu'il avan�ait toujours de mani�re � comprendre un espace immense, lui demand�rent respectueusement jusqu'o� donc il comptait aller. - J'irai, r�pondit-il, jusqu'� ce que celui qui est devant moi s'arr�te[32] . �
Il est probable que Constantin subit, sans le savoir, l'influence des invisibles pour tout ce qui devait favoriser l'�tablissement de la nouvelle religion, souvent au d�triment du bien de l'Etat et de ses propres int�r�ts. Son caract�re, sa vie intime n'en furent nullement modifi�s. Constantin resta toujours cruel et fourbe, r�fractaire � la morale �vang�lique. Ceci d�montre qu'il fut, pour le reste, un instrument entre les mains des hautes Entit�s dont la mission �tait de faire triompher le christianisme.
Sur la question qui nous occupe, le c�l�bre �v�que d'Hippone, saint Augustin, n'est pas moins affirmatif. Dans ses Confessions[33] , il parle de ses efforts infructueux pour renoncer � sa vie de d�bauche. Un jour qu'il priait Dieu avec ferveur pour qu'il l'�clair�t, il entendit subitement une voix lui r�p�ter � diff�rentes reprises ces mots : � Tolle et lege, prends et lis. � S'�tant assur� que ces paroles ne provenaient pas d'un �tre vivant, il fut persuad� que c'�tait un ordre divin lui disant d'ouvrir les saintes Ecritures et d'y lire le premier passage qui tomberait sous ses regards. Ce furent des conseils de saint Paul sur la puret� des moeurs.
Dans ses lettres, le m�me auteur mentionne des � apparitions de d�funts, allant et venant dans leur demeure accoutum�e, - faisant des pr�dictions que les �v�nements r�alisent[34] �.
Son trait� De Cura pro mortuis parle en ces termes des manifestations des morts :
Les esprits des morts peuvent �tre envoy�s aux vivants ; ils peuvent leur d�voiler l'avenir qu'eux-m�mes ont appris, soit par d'autres esprits, soit par les anges, soit par une r�v�lation divine[35] . �
Dans sa Cit� de Dieu, au sujet du corps lucide, �th�r�, aromal, qui est le p�risprit, il parle des op�rations th�urgiques, qui le rendent propre � communiquer avec les esprits et les anges et � recevoir des visions.
Saint Cl�ment d'Alexandrie, saint Gr�goire de Nysse, dans son Discours cat�ch�tique, saint J�r�me lui-m�me, dans sa controverse fameuse avec Vigilantius le Gaulois, se prononcent dans le m�me sens.
Saint Thomas d'Aquin, l'Ange de l'�cole, nous dit l'abb� Poussin, professeur au s�minaire de Nice, dans son ouvrage : Le Spiritisme devant l'Eglise (1866), � communiquait avec les habitants de l'autre monde, avec des morts qui lui apprenaient l'�tat des �mes auxquelles il s'int�ressait, avec des saints qui le r�confortaient et lui ouvraient les tr�sors de la science divine[36] �.
L'Eglise, par la voix des conciles, crut bon de condamner les pratiques spirites lorsque, de d�mocratique et populaire qu'elle �tait � l'origine, elle devint despotique et autoritaire. Seule elle voulut poss�der le privil�ge des communications occultes et le droit de les interpr�ter. Tous les la�ques convaincus de rapport avec les d�funts furent pers�cut�s comme sorciers et br�l�s.
Mais ce monopole des relations avec le monde invisible, malgr� ses jugements et ses condamnations, malgr� les ex�cutions en masse, l'Eglise n'a jamais pu l'obtenir. Au contraire, � partir de ce moment, les manifestations les plus �clatantes se produisent en dehors d'elle. La source des hautes inspirations, ferm�e pour les clercs, reste ouverte pour les h�r�tiques. L'histoire l'atteste. Ce sont les voix de Jeanne d'Arc, ce sont les g�nies familiers du Tasse et de J�r�me Cardan, les ph�nom�nes macabres du moyen �ge produits par des esprits d'ordre inf�rieur, les convulsionnaires de Saint-M�dard, puis les petits proph�tes inspir�s des C�vennes, Swedenborg et son �cole ; mille autres faits encore forment une cha�ne ininterrompue, qui, depuis les manifestations de la plus haute antiquit�, nous am�ne au spiritualisme moderne.
Cependant, � une �poque r�cente, au sein de l'Eglise, quelques rares penseurs scrutaient encore le probl�me de l'invisible. Sous le titre : Du Discernement des Esprits, le cardinal Bona, ce F�nelon de l'Italie, consacrait un ouvrage � l'�tude des diff�rentes cat�gories d'esprits qui peuvent se manifester aux hommes.
On a sujet de s'�tonner, - dit-il, - qu'il se soit pu trouver des hommes de bon sens qui aient os� nier tout � fait les apparitions et les communications des �mes avec les vivants, ou les attribuer � une imagination tromp�e ou bien � l'art des d�mons.
Ce cardinal ne pr�voyait pas les anath�mes des pr�tres catholiques contre le spiritisme [37].
Il faut donc le reconna�tre, les dignitaires de l'Eglise qui, du haut de la chaire, ont fulmin� contre les pratiques spirites, se sont �gar�s. Ils n'ont pas su comprendre que les manifestations des �mes sont une des bases du christianisme, que le mouvement spirite, � vingt si�cles de distance, est la reproduction du mouvement chr�tien � son origine. Ils n'ont pas su se rappeler � temps que nier la communication avec les morts ou bien l'attribuer � l'intervention des d�mons, c'est se mettre en contradiction avec les P�res de l'Eglise et avec les ap�tres eux-m�mes. D�j� les pr�tres de J�rusalem accusaient J�sus d'agir sous l'influence de Belz�buth. La th�orie du d�mon a fait son temps ; elle n'est plus de mise aujourd'hui.
En r�alit�, le spiritisme se retrouve dans tous les milieux, non comme une superstition, mais comme une loi fondamentale de la nature.
Les rapports entre les hommes et les esprits ont toujours exist�, avec plus ou moins d'intensit�. Par ce moyen, une r�v�lation continue s'est r�pandue sur le monde. Il coule � travers les temps un grand courant de puissance spirituelle dont le monde invisible est la source. Parfois ce courant se cache dans l'ombre ; il se dissimule sous la vo�te des temples de l'Inde et de l'Egypte, dans les sanctuaires myst�rieux de la Gaule et de la Gr�ce ; il n'est connu que des sages, des initi�s. Mais parfois aussi, aux �poques voulues par Dieu, il sort des lieux cach�s, il repara�t au grand jour, � la vue de tous ; il apporte � l'humanit� ces tr�sors, ces richesses oubli�es, qui vont l'embellir, l'enrichir, la r�g�n�rer.
C'est ainsi que les v�rit�s sup�rieures se r�v�lent � travers les si�cles, pour faciliter, stimuler l'�volution des �tres. Elles se manifestent par l'intervention au milieu de nous, � l'aide de m�diums puissants, des Esprits de g�nie qui ont v�cu sur terre, qui y ont souffert pour le bien et la justice. Ces Esprits d'�lite sont retourn�s � la vie de l'espace, mais ils n'ont pas cess� de veiller sur l'humanit� et de communiquer avec elle.
A certaines heures de l'histoire, un souffle d'en haut passe sur le monde ; les brumes qui enveloppent la pens�e humaine se dissipent ; les superstitions, les doutes, les chim�res s'�vanouissent ; les grandes lois de la destin�e se r�v�lent, la v�rit� appara�t !
Heureux alors ceux qui savent la reconna�tre et l'accueillir !

[1] Voir note n� 6, � la fin du volume.

[2] En h�breu, comme en grec, le v�ritable sens du mot ange : melach est messager.

[3] Le don de proph�tie ne consistait pas seulement � pr�dire l'avenir, mais, d'une mani�re plus �tendue, � parler et � donner des enseignements sous l'influence des esprits.

[4] Voir, pour l'ensemble de ces ph�nom�nes, la note compl�mentaire, n� 7, sur les faits spirites dans la Bible, � la fin du volume.

[5] J�sus avait choisi ses disciples, non parmi des hommes instruits, mais parmi des sensitifs et des voyants, dou�s de facult�s m�dianimiques.

[6] Ces d�tails, qui �tonneront peut-�tre le lecteur, ne sont pas un produit de notre imagination. Ils nous ont �t� communiqu�s par un Esprit �lev�, dont la vie a �t� m�l�e � celle du Christ. Il en est de m�me de plusieurs passages de cet ouvrage.

[7] Jean, XX, 14-17, 24-28.

[8] Voir note, n� 9, sur le p�risprit ou corps fluidique.

[9] Cl�ment d'Alexandrie rapporte une tradition qui circulait encore de son temps, d'apr�s laquelle Jean aurait enfonc� sa main dans le corps de J�sus, et elle aurait pass� au travers sans rencontrer de r�sistance. (J�sus de Nazareth, par ALBERT REVILLE, 2� volume, note de la page 470.)

[10] Voir mes autres ouvrages, notamment Apr�s la mort et Dans l'Invisible : Spiritisme et M�diumnit�.

[11]W. CROOKES, Recherches sur les ph�nom�nes spirites ; RUSSELL WALLACE, le Moderne Spiritualisme ; AKSAKOF, Animisme et Spiritisme. Voir, pour toute une s�rie de ph�nom�nes analogues et plus r�cents : LEON DENIS, Dans l'Invisible : Spiritisme et M�diumnit�, chap. XX.

[12] Voir Dans l'Invisible : Spiritisme et M�diumnit�, p. 332.

[13] Voir la mort d'Etienne, Actes, VII, 55, 56.

[14]Voir Dans l'Invisible, p. 346.

[15] Apoc., XIX, 10.

[16] Actes, XXI, 11 ; XXVII, 22-24 ; III, 3-8 ; V, 12-16 ; VIII, 7 ; IX, 33, 34 ; XIV, 8 et suiv. ; XIX, 11, 12, etc.

[17] Actes, IX, 1-18.

[18] II Corinth., XII, 2-4.

[19] Ibid., XII, 7-9 ; Eph�s., VI, 12.

[20]On appelait alors les m�diums proph�tes.

[21]Dans la version grecque des Evangiles et des Actes, le mot Esprit est souvent isol�. Saint J�r�me y ajoute celui de Saint, et ce sont les traducteurs fran�ais de la Vulgate qui en ont fait le Saint-Esprit. (Voir BELLEMARE, Spirite et Chr�tien, pp. 270 et suiv.)

[22] Actes des Ap�tres, X, 10-16, 28, 29, 44-48 ; XVI, 6-10 ; XXI, 4 ; Ep. aux Romains, XIV, 14 ; I Cor., XII et XIV. - Voir aussi note n� 6.

[23]Ce Livre du Pasteur �tait lu dans les �glises, comme le sont actuellement les Evangiles et les Ep�tres, jusqu'au cinqui�me si�cle. Saint Cl�ment d'Alexandrie et Orig�ne en parlent avec respect. Il figure dans le plus ancien catalogue des livres canoniques re�us par l'Eglise romaine et publi� par Ca�us vers 220.

[24] Actes, VII, 55, 56 ; IX, 10, 12 ; XVI, 9, etc.

[25] Actes, XII, 7-10. Voir aussi V, 19 ; XVI, 26.

[26] Ibid., VIII, 39, 40.

[27] Ibid., VIII, 9-13.

[28] Ibid., II, 44-47 ; IV, 32-36.

[29] Abr�g� de l'Histoire eccl�siastique, par l'abb� RACINE. Saint Gr�goire de Nysse, dans sa Vie de saint Gr�goire le thaumaturge, rapporte cette vision. Voir Oeuvres de saint Gr�goire de Nysse, �dition de 1638, t. III, pp. 545 et 546.

[30] Orig�ne, �dition b�n�dictine de 1733, t. I, pp. 361 et 362

[31] ALB. DE BROGLIE, l'Eglise et l'Empire romain au quatri�me si�cle, t. I, pp. 214 et suiv.

[32] Philostorge, II, 9. Voir l'Eglise et l'Empire romain au quatri�me si�cle, par ALB. DE BROGLIE, t. II, p. 153.

[33] Confessions, liv. VIII, ch. XII.

[34] Lettre � Evodius, Ep. CLIX, �dition des B�n�dictins, t. II, col. 562, et De Cura pro mortuis, t. VI, col. 523.

[35] De Cura pro mortuis, �dition b�n�dictine, t. VI, col. 527.

[36] On lit dans la Somme (I, qu. 89, 8, 2�) : � L'esprit (anima separata) peut appara�tre aux vivants. �

[37] Voir note compl�mentaire, n� 6, � la fin du volume.

 

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